{"id":6810,"date":"2023-05-05T22:39:32","date_gmt":"2023-05-05T20:39:32","guid":{"rendered":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/?p=6810"},"modified":"2023-05-06T00:49:37","modified_gmt":"2023-05-05T22:49:37","slug":"livre-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/livre-1\/","title":{"rendered":"Livre 1"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Livre 1&nbsp;: Les moines du clo\u00eetre<\/h2>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-vertically-aligned-center is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Chapitre 3<\/h2>\n\n\n\n<p>Les moines du clo\u00eetre<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<div id=\"toc_container\">\n<ul class=\"toc_list\">\n<h3> Extraits des statuts &#8211; Livre 1 <\/h3>\n  <li><a href=\"#c3\">Ch. 3 Les moines du clo\u00eetre<\/a><\/li>\n  <li><a href=\"#c4\">Ch. 4 La garde de la cellule et du silence<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#c5\">Ch. 5 Les activit\u00e9s de cellule<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#c6\">Ch. 6 La garde de la cl\u00f4ture<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#c7\">Ch. 7 L\u2019abstinence et le je\u00fbne<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#c8\">Ch. 8 Le novice<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#c9\">Ch. 9 Le ma\u00eetre des novices<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#c10\">Ch. 10 La profession<\/a><\/li>\n  <li><a href=\"https:\/\/chartreux.org\/moines\/statuts-test\/\">Prologue<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/chartreux.org\/moines\/livre-2\/\">Livre 2<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Nos p\u00e8res dans la vie cartusienne ont suivi une lumi\u00e8re venue de l\u2019Orient, celle de ces anciens moines, vou\u00e9s \u00e0 la solitude et \u00e0 la pauvret\u00e9 de l\u2019esprit, qui peupl\u00e8rent les d\u00e9serts \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le souvenir tout proche du sang r\u00e9pandu par le Seigneur \u00e9tait encore br\u00fblant dans les c\u0153urs. Et puisque les moines du clo\u00eetre s\u2019engagent sur le m\u00eame chemin, ils doivent, \u00e0 l\u2019exemple de ces premiers p\u00e8res, demeurer dans un ermitage suffisamment \u00e9loign\u00e9 des lieux habit\u00e9s, et des cellules o\u00f9 ne parviennent pas les bruits du monde, ni ceux de la maison&nbsp;; par-dessus tout, ils doivent se rendre eux-m\u00eames \u00e9trangers aux rumeurs du si\u00e8cle.<\/li>\n\n\n\n<li>Qui pers\u00e9v\u00e8re sans d\u00e9faillance dans la cellule et se laisse enseigner par elle tend \u00e0 faire de toute son existence une seule pri\u00e8re continuelle. Mais il ne peut entrer dans ce repos sans passer par l\u2019\u00e9preuve d\u2019un rude combat&nbsp;: ce sont les aust\u00e9rit\u00e9s auxquelles il s\u2019applique comme un familier de la Croix, ou les visites du Seigneur, venu l\u2019\u00e9prouver comme l\u2019or dans le feu. Ainsi, purifi\u00e9 par la patience, nourri et fortifi\u00e9 par la m\u00e9ditation assidue de l\u2019\u00c9criture, introduit par la gr\u00e2ce du Saint Esprit dans les profondeurs de son c\u0153ur, il pourra d\u00e9sormais, non seulement servir Dieu, mais adh\u00e9rer \u00e0 lui.<\/li>\n\n\n\n<li>Il convient de faire aussi quelque travail manuel, moins pour la d\u00e9tente passag\u00e8re de l\u2019esprit que pour soumettre le corps \u00e0 la loi humaine commune, et conserver alerte le go\u00fbt des activit\u00e9s spirituelles. On donne donc au moine en cellule les outils n\u00e9cessaires, pour ne pas l\u2019obliger \u00e0 sortir. Car cela n\u2019est jamais permis en dehors des r\u00e9unions \u00e0 l\u2019\u00e9glise ou au clo\u00eetre, et des autres occasions pr\u00e9vues par la r\u00e8gle. Mais la voie aust\u00e8re que nous avons embrass\u00e9e nous oblige plus strictement \u00e0 n\u2019user que de choses pauvres. Il nous faut suivre l\u2019exemple du Christ dans sa pauvret\u00e9, si nous voulons partager ses richesses.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019amour du Seigneur, la pri\u00e8re, la ferveur pour la solitude cr\u00e9ent entre les moines du clo\u00eetre un lien intime. Ils se montreront vrais disciples du Christ, de fait comme de nom, s\u2019ils s\u2019appliquent, dans une affection r\u00e9ciproque, \u00e0 avoir m\u00eame sentiment, \u00e0 s\u2019accepter les uns les autres et \u00e0 se pardonner toute offense&nbsp;: ainsi auront-ils un seul c\u0153ur et une seule voix pour louer Dieu.<\/li>\n\n\n\n<li>Les p\u00e8res auront \u00e9galement conscience du lien qui, dans le Christ, les unit aux fr\u00e8res&nbsp;; ils sauront reconna\u00eetre \u00e0 quel point ils d\u00e9pendent d\u2019eux pour pouvoir offrir au Seigneur une pri\u00e8re pure dans le repos et la solitude de la cellule. Ils se rappelleront que le sacerdoce dont ils sont investis est un service de l\u2019\u00c9glise, et tout sp\u00e9cialement de ses membres les plus proches, c\u2019est-\u00e0-dire les fr\u00e8res de la maison. P\u00e8res et fr\u00e8res se pr\u00e9viendront d\u2019\u00e9gards mutuels et vivront dans la charit\u00e9, car en elle se noue toute perfection, et elle est le fondement et le sommet de toute vie consacr\u00e9e \u00e0 Dieu.<\/li>\n\n\n\n<li>Le devoir du prieur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tous ses fils, moines du clo\u00eetre et moines la\u00efcs, est d\u2019\u00eatre un signe vivant de l\u2019amour envers eux du P\u00e8re c\u00e9leste&nbsp;; de les unir aussi dans le Christ, en sorte qu\u2019ils forment une seule famille et que, selon le mot de Guigues, chacune de nos maisons soit vraiment une&nbsp;<strong>\u00e9glise cartusienne<\/strong>.<\/li>\n\n\n\n<li>Celle-ci s\u2019enracine et trouve son assise dans la c\u00e9l\u00e9bration du sacrifice eucharistique, signe efficace d\u2019unit\u00e9. Il est le centre et le sommet de notre vie, la manne de l\u2019exode spirituel, qui, au d\u00e9sert, nous ram\u00e8ne vers le P\u00e8re par le Christ. En toute la liturgie, c\u2019est le Christ qui prie pour nous, comme notre Pr\u00eatre, et en nous, comme notre Chef. Ainsi nous reconnaissons en lui nos propres voix, et en nous la sienne.<\/li>\n\n\n\n<li>Durant la veille nocturne, notre Office, selon l\u2019antique usage, s\u2019\u00e9tend assez longuement, mais sans d\u00e9passer les limites de la discr\u00e9tion. Ainsi la psalmodie nourrit le recueillement int\u00e9rieur, et nous pouvons \u00e0 d\u2019autres moments, sans que la fatigue nous accable, vaquer dans le secret \u00e0 la pri\u00e8re du c\u0153ur.<br>Selon une tradition ancienne chez nous tout moine du clo\u00eetre, par une marque insigne de la bont\u00e9 de Dieu, est d\u00e9put\u00e9 au minist\u00e8re sacr\u00e9 de l\u2019autel. En lui se manifeste ainsi l\u2019harmonie qui existe entre la cons\u00e9cration sacerdotale et la cons\u00e9cration monastique, comme l\u2019a attest\u00e9 le Pape Paul&nbsp;VI&nbsp;; \u00e0 l\u2019exemple du Christ, il devient \u00e0 la fois pr\u00eatre et hostie, pour une offrande agr\u00e9able \u00e0 Dieu&nbsp;; et la communion au sacrifice du Seigneur lui ouvre l\u2019acc\u00e8s de son C\u0153ur et de ses insondables richesses.<\/li>\n\n\n\n<li>Int\u00e9gralement ordonn\u00e9 \u00e0 la contemplation, notre Ordre doit pr\u00e9server avec une fid\u00e9lit\u00e9 extr\u00eame sa s\u00e9paration du monde. Aussi, quelle que soit l\u2019urgence des t\u00e2ches apostoliques, sommes-nous exempt\u00e9s de tout minist\u00e8re pastoral, afin de remplir notre fonction propre dans le Corps mystique du Christ.<br>\u00c0 Marthe d\u2019exercer un minist\u00e8re digne d\u2019\u00e9loge il est vrai, mais non d\u00e9pourvu de soucis et de troubles&nbsp;; qu\u2019elle laisse seulement sa s\u0153ur assise aux pieds du Christ, o\u00f9 toute libre et disponible, elle voit qu\u2019il est Dieu. Elle purifie son esprit, recueille sa pri\u00e8re en son c\u0153ur, \u00e9coute le Seigneur lui parler au dedans&nbsp;; ainsi, selon la faible mesure possible \u00e0 qui contemple par reflet et en \u00e9nigme, elle go\u00fbte et voit combien il est bon&nbsp;; en m\u00eame temps elle prie pour Marthe et pour tous ceux qui travaillent comme elle. Marie a pour elle non seulement le plus impartial des juges, mais aussi le plus fid\u00e8le des avocats, le Seigneur lui-m\u00eame, qui ne se borne pas \u00e0 d\u00e9fendre sa vocation, mais en fait l\u2019\u00e9loge en disant&nbsp;:&nbsp;Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlev\u00e9e&nbsp;: il la dispense ainsi de se m\u00ealer aux soucis de Marthe et \u00e0 son affairement, si charitables soient-ils<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c4\">Chapitre 4<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>La garde de la cellule et du silence<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Notre application principale et notre vocation sont de vaquer au silence et \u00e0 la solitude de la cellule. Elle est la terre sainte, le lieu o\u00f9 Dieu et son serviteur entretiennent de fr\u00e9quents colloques, comme il se fait entre amis. L\u00e0, souvent l\u2019\u00e2me fid\u00e8le s\u2019unit au Verbe de Dieu, l\u2019\u00e9pouse \u00e0 l\u2019\u00c9poux, la terre au ciel, l\u2019humain au divin. Mais longue est la route, arides et dess\u00e9ch\u00e9s sont les chemins qu\u2019il faut suivre jusqu\u2019\u00e0 la source, au pays de la promesse.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019habitant de la cellule doit donc veiller avec le plus grand soin \u00e0 ne pas forger ou accepter des occasions de sortir, hormis celles que pr\u00e9voit la r\u00e8gle&nbsp;: il estimera plut\u00f4t la cellule aussi indispensable \u00e0 son salut et \u00e0 sa vie que l\u2019eau aux poissons et le bercail aux brebis. S\u2019il s\u2019accoutume \u00e0 la quitter fr\u00e9quemment, pour des motifs frivoles, elle lui deviendra vite insupportable, car, dit saint Augustin,&nbsp;aux amis du monde il n\u2019est pire labeur que de demeurer sans labeur. Au contraire, plus il aura s\u00e9journ\u00e9 en cellule, plus il y demeurera volontiers, \u00e0 condition de s\u2019y occuper avec ordre et avec fruit, par la lecture, l\u2019\u00e9criture, la psalmodie, la pri\u00e8re, la m\u00e9ditation, la contemplation et le travail. Durant ce temps, qu\u2019il prenne l\u2019habitude d\u2019une \u00e9coute tranquille du c\u0153ur, qui permette \u00e0 Dieu d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer par tous les chemins et tous les acc\u00e8s. Il \u00e9vitera ainsi, Dieu aidant, le danger qui souvent guette le solitaire, de c\u00e9der en cellule \u00e0 la facilit\u00e9, et d\u2019\u00eatre finalement compt\u00e9 au nombre des m\u00e9diocres.<\/li>\n\n\n\n<li>Seul conna\u00eet les fruits du silence celui qui en a fait l\u2019exp\u00e9rience. Au commencement il faut un effort pour se taire&nbsp;; mais si nous y sommes fid\u00e8les, peu \u00e0 peu, de notre silence m\u00eame na\u00eet quelque chose en nous qui nous attire \u00e0 plus de silence. C\u2019est pour y parvenir qu\u2019il est prescrit de ne point parler entre nous sans permission du sup\u00e9rieur.<\/li>\n\n\n\n<li>Le premier acte de charit\u00e9 envers nos fr\u00e8res est de respecter leur solitude. Si nous sommes autoris\u00e9s \u00e0 parler pour quelque affaire, soyons brefs, autant que possible.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"9\">\n<li>Les personnes qui n\u2019appartiennent pas \u00e0 l\u2019Ordre et n\u2019aspirent pas \u00e0 y entrer ne peuvent \u00eatre h\u00e9berg\u00e9es dans nos cellules.<\/li>\n\n\n\n<li>Tous les ans, pendant huit jours, chaque moine du clo\u00eetre se consacre plus totalement \u00e0 la paix de la cellule et au recueillement. Selon la coutume, l\u2019anniversaire de profession est l\u2019occasion favorable pour faire cette retraite.<\/li>\n\n\n\n<li>Dieu nous a men\u00e9s au d\u00e9sert pour parler \u00e0 notre c\u0153ur. Que notre c\u0153ur soit donc comme un vivant autel d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve sans cesse vers le Seigneur une pri\u00e8re pure&nbsp;; et que celle-ci impr\u00e8gne toutes nos actions.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c5\">Chapitre 5<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Les activit\u00e9s de cellule<\/p>\n\n\n\n<p>Le moine du clo\u00eetre, dans la ligne propre de sa vocation, est soumis \u00e0 la loi divine du travail, et il fuit l\u2019oisivet\u00e9 que les anciens appelaient l\u2019ennemie de l\u2019\u00e2me. Avec une joyeuse humilit\u00e9 il accepte toutes les t\u00e2ches impos\u00e9es par les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019une vie pauvre et solitaire, veillant n\u00e9anmoins \u00e0 tout ordonner au service de la contemplation de Dieu, \u00e0 laquelle il est enti\u00e8rement consacr\u00e9. Outre les divers travaux manuels, l\u2019ensemble des obligations qui r\u00e9sultent de son \u00e9tat constituent la mati\u00e8re de son service, principalement la c\u00e9l\u00e9bration du culte divin et les \u00e9tudes sacr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, pour \u00e9viter de gaspiller en cellule sa vie d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Dieu, il doit s\u2019appliquer avec ardeur et discr\u00e9tion \u00e0 des \u00e9tudes qui lui conviennent&nbsp;: non pour satisfaire la d\u00e9mangeaison d\u2019apprendre ni celle de publier des livres, mais parce que la lecture sagement ordonn\u00e9e donne \u00e0 l\u2019\u00e2me plus de force et fournit un support \u00e0 la contemplation. C\u2019est une erreur de croire que l\u2019on peut n\u00e9gliger l\u2019\u00e9tude de la Parole divine, ou plus tard l\u2019abandonner, et malgr\u00e9 cela atteindre ais\u00e9ment l\u2019union intime avec Dieu. Cherchant donc la moelle du sens plut\u00f4t que l\u2019\u00e9cume des mots, scrutons les divins myst\u00e8res avec la soif de conna\u00eetre qui na\u00eet de l\u2019amour et l\u2019avive en retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le travail manuel, le moine s\u2019exerce \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 et r\u00e9duit tout son corps en servitude pour mieux atteindre la stabilit\u00e9 int\u00e9rieure. Aux moments pr\u00e9vus, il peut s\u2019employer \u00e0 des travaux manuels, qui soient vraiment utiles&nbsp;: il ne convient pas de perdre en occupations vaines ou superflues le temps pr\u00e9cieux qui lui est donn\u00e9 pour glorifier Dieu. Mais de cette p\u00e9riode de la journ\u00e9e n\u2019est nullement exclu le profit de la lecture et de la pri\u00e8re&nbsp;; au contraire durant le travail, il est toujours conseill\u00e9 de recourir au moins \u00e0 de brefs \u00e9lans vers Dieu. Parfois m\u00eame, le poids du travail, tel une ancre, tient en repos le flux des pens\u00e9es et permet au c\u0153ur de demeurer longuement fix\u00e9 en Dieu, sans aucune tension d\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail est un service qui nous unit au Christ venu non pour \u00eatre servi mais pour servir. On doit louer ceux qui prennent soin eux-m\u00eames du mobilier, des outils et des autres objets de cellule, de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9pargner le plus de travail possible aux fr\u00e8res. Mais tous ont le devoir de tenir leur cellule propre et en ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout temps le prieur peut ordonner \u00e0 un p\u00e8re un travail ou service utile au bien commun&nbsp;: celui-ci l\u2019accepte volontiers, dans la joie de la charit\u00e9, car au jour de sa profession il a demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre re\u00e7u comme le plus humble serviteur de tous. Mais un travail confi\u00e9 \u00e0 un moine du clo\u00eetre doit toujours lui laisser une libert\u00e9 d\u2019esprit suffisante, et ne pas faire na\u00eetre le souci du gain ou du d\u00e9lai \u00e0 observer. Au solitaire, plus attentif \u00e0 maintenir son regard sur le but que sur l\u2019\u0153uvre, il faut donner le moyen de conserver toujours son c\u0153ur en \u00e9veil. En outre, pour que le moine puisse demeurer en solitude dans la paix et l\u2019\u00e9quilibre, il sera souvent opportun de lui laisser une certaine libert\u00e9 dans l\u2019organisation de son travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Normalement les p\u00e8res ne sont pas appel\u00e9s \u00e0 travailler hors de cellule, surtout dans les ob\u00e9diences des fr\u00e8res. S\u2019il arrive pourtant que plusieurs p\u00e8res soient occup\u00e9s ensemble, ils peuvent parler entre eux de choses utiles \u00e0 leur travail, mais non s\u2019entretenir avec les personnes qui surviennent.<\/p>\n\n\n\n<p>Laissons notre activit\u00e9 jaillir toujours de la source int\u00e9rieure, \u00e0 l\u2019image du Christ, qui agit sans cesse en union avec le P\u00e8re, en sorte que le P\u00e8re, demeurant en lui, est l\u2019auteur m\u00eame de ses \u0153uvres. Nous accompagnerons ainsi J\u00e9sus en sa vie humble et cach\u00e9e de Nazareth, soit par notre pri\u00e8re adress\u00e9e au P\u00e8re dans le secret, soit par notre travail, accompli dans l\u2019ob\u00e9issance sous le regard du P\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c6\">Chapitre 6<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>La garde de la cl\u00f4ture<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019origine l\u2019intention de l\u2019Ordre fut de donner \u00e0 notre absolue cons\u00e9cration \u00e0 Dieu une expression visible et un soutien par une cl\u00f4ture tr\u00e8s rigoureuse. \u00c0 quel point nous devons \u00e9viter de sortir sans n\u00e9cessit\u00e9 grave appara\u00eet clairement dans le fait que le prieur de Chartreuse ne franchit jamais les limites de son d\u00e9sert. Comme un Ordre religieux impose \u00e0 tous ses prof\u00e8s la m\u00eame r\u00e8gle de vie, nous qui avons embrass\u00e9 la vocation cartusienne, \u2013 d\u2019o\u00f9 notre nom de chartreux \u2013, nous n\u2019admettons pas facilement d\u2019exceptions sur ce point. Si cependant la n\u00e9cessit\u00e9 nous y oblige, il faut toujours demander la permission du R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re, sauf cas urgent ou pr\u00e9vu par les Statuts.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant une cl\u00f4ture rigoureuse serait une observance pharisa\u00efque si elle n\u2019\u00e9tait le signe de cette puret\u00e9 du c\u0153ur \u00e0 qui seule est promise la vision de Dieu. Pour y parvenir il faut un grand renoncement, surtout \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la curiosit\u00e9 naturelle que l\u2019homme \u00e9prouve pour les affaires humaines. Ne laissons pas notre esprit courir le monde en qu\u00eate de nouvelles et de nouveaut\u00e9s&nbsp;: notre part est au contraire de rester cach\u00e9s dans le secret de la face de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous devons donc \u00e9viter les livres profanes ou les p\u00e9riodiques capables de troubler notre silence int\u00e9rieur. Il serait sp\u00e9cialement contraire \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019Ordre de laisser p\u00e9n\u00e9trer dans nos clo\u00eetres des journaux qui parlent d\u2019affaires politiques. Les prieurs s\u2019efforceront m\u00eame de persuader leurs moines de se montrer tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des lectures profanes. Mais une telle invitation pour \u00eatre comprise requiert un esprit m\u00fbr et ma\u00eetre de soi, capable d\u2019assumer loyalement toutes les cons\u00e9quences de la meilleure part qu\u2019il a choisie&nbsp;: \u00eatre assis aux pieds du Seigneur pour \u00e9couter sa parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant la fr\u00e9quentation de Dieu ne r\u00e9tr\u00e9cit pas le c\u0153ur mais le dilate&nbsp;; elle le rend capable de porter en Dieu lui-m\u00eame les aspirations et les probl\u00e8mes du monde, ainsi que les grandes intentions de l\u2019\u00c9glise, dont il est normal que les moines aient une certaine connaissance. Cependant notre sollicitude envers les hommes, si elle est vraie, s\u2019exprimera non par des satisfactions accord\u00e9es \u00e0 la curiosit\u00e9, mais par une communion intime avec le Christ. \u00c0 chacun d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019Esprit pour discerner ce qu\u2019il peut admettre en son int\u00e9rieur sans troubler le colloque avec Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il nous arrive d\u2019apprendre quelque nouvelle du monde, gardons-nous de la transmettre&nbsp;; laissons plut\u00f4t ces bruits ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 nous les avons entendus. C\u2019est au prieur en effet de faire conna\u00eetre \u00e0 ses moines ce qu\u2019ils ne doivent point ignorer&nbsp;: la vie de l\u2019\u00c9glise surtout, et ses besoins.<\/p>\n\n\n\n<p>Si des personnes de l\u2019Ordre, ou d\u2019ailleurs, passent dans la maison, nous ne devons pas chercher \u00e0 leur parler sans vraie n\u00e9cessit\u00e9. Car le moine s\u00e9rieusement attach\u00e9 \u00e0 la solitude, avide de silence et de paix, ne gagne rien \u00e0 faire ou \u00e0 recevoir des visites sans motif.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9crit&nbsp;: Honore ton p\u00e8re et ta m\u00e8re. Pour accueillir nos parents et nos proches nous mod\u00e9rons la rigueur de notre cl\u00f4ture chaque ann\u00e9e pendant deux jours, cons\u00e9cutifs ou non. Autrement, si la charit\u00e9 du Christ ne nous oblige pas vraiment \u00e0 une exception, nous \u00e9vitons les visites d\u2019amis et la conversation des personnes du monde. Nous savons que Dieu est digne de ce sacrifice, plus utile aux hommes que nos paroles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les maisons de l\u2019Ordre \u00e9rig\u00e9es canoniquement sont soumises \u00e0 une cl\u00f4ture stricte conforme \u00e0 notre tradition. Aucune femme ne peut \u00eatre admise dans la cl\u00f4ture. Lorsque nous parlons avec des femmes, nous gardons la r\u00e9serve qui convient \u00e0 des moines.<\/p>\n\n\n\n<p>La chastet\u00e9 pour le royaume des cieux, dont les moines ont pris l\u2019engagement, est un don \u00e9minent de la gr\u00e2ce&nbsp;; il leur conf\u00e8re une libert\u00e9 de c\u0153ur incomparable pour s\u2019unir \u00e0 Dieu d\u2019un amour sans partage. Ils annoncent ainsi ces noces myst\u00e9rieuses, institu\u00e9es par Dieu pour \u00eatre pleinement manifest\u00e9es au si\u00e8cle futur, dans lesquelles l\u2019\u00c9glise a le Christ pour unique \u00c9poux. Il leur faut donc, s\u2019ils veulent demeurer fid\u00e8les \u00e0 leur engagement, croire aux paroles du Seigneur et, confiants en l\u2019aide de Dieu, ne point pr\u00e9sumer de leurs propres forces, garder leurs sens et les mortifier. Ils auront \u00e9galement recours \u00e0 Marie qui par son humilit\u00e9 et sa virginit\u00e9 m\u00e9rita de devenir M\u00e8re de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que la solitude et le silence du d\u00e9sert apportent d\u2019utilit\u00e9 et de joie divine \u00e0 qui les aime, ceux-l\u00e0 seuls le savent, qui en ont fait l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, en effet, les hommes forts peuvent autant qu\u2019ils le veulent rentrer en eux-m\u00eames et y demeurer, cultiver avec soin les germes des vertus et se nourrir avec d\u00e9lices de fruits du paradis.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, on s\u2019efforce d\u2019acqu\u00e9rir cet \u0153il dont le clair regard blesse l\u2019\u00c9poux d\u2019un amour pur et transparent qui voit Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, on s\u2019adonne \u00e0 un loisir sans oisivet\u00e9 et on s\u2019immobilise en une tranquille activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, pour le labeur du combat, Dieu donne \u00e0 ses lutteurs la r\u00e9compense d\u00e9sir\u00e9e&nbsp;: une paix que le monde ignore et la joie dans l\u2019Esprit Saint.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c7\">Chapitre 7<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>L\u2019abstinence et le je\u00fbne<\/p>\n\n\n\n<p>Le Christ a souffert pour nous, nous laissant un exemple pour que nous suivions ses pas. Nous le faisons lorsque nous acceptons les \u00e9preuves et les angoisses de la vie, ou lorsque dans la libert\u00e9 des enfants de Dieu, nous choisissons la pauvret\u00e9 et renon\u00e7ons \u00e0 notre volont\u00e9 propre. Mais, selon la tradition monastique, il nous appartient aussi de suivre le Christ dans son je\u00fbne au d\u00e9sert, traitant s\u00e9v\u00e8rement le corps et le r\u00e9duisant en servitude, afin que le d\u00e9sir de Dieu illumine l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque semaine, normalement le vendredi, les moines du clo\u00eetre font une abstinence&nbsp;; ce jour-l\u00e0 ils se contentent de pain et d\u2019eau. Certains jours et \u00e0 certaines p\u00e9riodes de l\u2019ann\u00e9e, ils observent le je\u00fbne d\u2019Ordre, c\u2019est-\u00e0-dire ils prennent un seul repas par jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faudrait pas que nous observions la p\u00e9nitence corporelle dans le seul but d\u2019ob\u00e9ir aux Statuts&nbsp;; elle est principalement destin\u00e9e \u00e0 nous affranchir du vouloir de la chair pour pouvoir suivre le Seigneur plus promptement.<\/p>\n\n\n\n<p>Si en quelque circonstance, ou bien avec le temps, un moine se rend compte que l\u2019une de nos observances d\u00e9passe ses forces et retarde son \u00e9lan vers le Christ au lieu de le soutenir, il d\u00e9terminera alors par entente filiale avec son prieur la mesure qui lui convient, du moins \u00e0 titre temporaire. Mais il gardera pr\u00e9sent l\u2019appel du Christ&nbsp;; il saura reconna\u00eetre ce qu\u2019il peut encore faire&nbsp;; et, ce qu\u2019il ne peut donner au Seigneur par l\u2019observance commune, il le lui offrira d\u2019une autre mani\u00e8re, en se renon\u00e7ant lui-m\u00eame et en portant sa croix chaque jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc habituer progressivement les novices aux abstinences et je\u00fbnes de l\u2019Ordre pour les amener sans risque ni imprudence \u00e0 suivre l\u2019observance dans toute sa rigueur, sous le contr\u00f4le du p\u00e8re ma\u00eetre. Celui-ci leur enseignera en particulier \u00e0 ne pas prendre pr\u00e9texte de nos je\u00fbnes pour manquer \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 au moment du repas. Ainsi apprendront-ils \u00e0 mortifier par l\u2019esprit les \u0153uvres de la chair, et \u00e0 porter dans leur corps l\u2019empreinte de la mort de J\u00e9sus, pour que la vie de J\u00e9sus, elle aussi, apparaisse dans leur corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon une observance introduite par nos premiers p\u00e8res et toujours gard\u00e9e avec un soin particulier, nous avons renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019usage de la viande. C\u2019est en effet un trait caract\u00e9ristique de l\u2019Ordre et un signe de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 \u00e9r\u00e9mitique en laquelle, Dieu aidant, nous voulons demeurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nul ne peut, \u00e0 l\u2019insu du prieur et sans son approbation, se permettre des pratiques de p\u00e9nitence autres que celles contenues dans ces Statuts. Mais si le prieur veut nous faire accepter un suppl\u00e9ment de nourriture, de sommeil ou de toute autre chose, ou bien s\u2019il nous impose une mesure dure et p\u00e9nible, il ne nous est pas permis de refuser&nbsp;; car en lui r\u00e9sistant, ce n\u2019est pas \u00e0 lui mais au Seigneur dont il tient la place aupr\u00e8s de nous, que nous r\u00e9sisterions en r\u00e9alit\u00e9. Si nombreuses et vari\u00e9es en effet que soient nos observances, nous n\u2019attendons d\u2019elles aucun profit hors du bien de l\u2019ob\u00e9issance.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c8\">Chapitre 8<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Le novice<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui br\u00fblant d\u2019amour divin, en qu\u00eate d\u2019\u00e9ternel, aspirent \u00e0 quitter le monde, doivent \u00e0 leur arriv\u00e9e chez nous se sentir accueillis par le m\u00eame esprit. Il est donc tr\u00e8s important que les novices trouvent dans les maisons destin\u00e9es \u00e0 leur formation l\u2019exemple de l\u2019observance r\u00e9guli\u00e8re, de la pi\u00e9t\u00e9, de la garde de la cellule et du silence, comme aussi de la charit\u00e9 fraternelle. Faute de quoi, il serait vain d\u2019esp\u00e9rer les voir pers\u00e9v\u00e9rer dans notre vocation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les candidats qui se pr\u00e9sentent doivent \u00eatre examin\u00e9s avec soin et prudence, selon l\u2019avertissement de saint Jean&nbsp;: \u00c9prouvez les esprits pour voir s\u2019ils viennent de Dieu. Il est certain en effet que l\u2019Ordre progressera ou d\u00e9clinera, en qualit\u00e9 comme en nombre, selon que les novices seront bien ou mal s\u00e9lectionn\u00e9s et form\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prieurs doivent s\u2019informer soigneusement de leur famille, leur vie pass\u00e9e, leurs aptitudes physiques et psychiques&nbsp;; il sera bon de consulter \u00e0 ce propos des m\u00e9decins prudents, connaissant bien notre vocation. Parmi les qualit\u00e9s requises d\u2019un candidat \u00e0 la vie solitaire, l\u2019\u00e9quilibre et le jugement viennent en effet au premier rang.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019avons pas coutume de recevoir des novices avant l\u2019\u00e2ge de vingt ans&nbsp;; et seuls parmi les candidats doivent \u00eatre re\u00e7us ceux que le prieur et la majorit\u00e9 de la communaut\u00e9 auront estim\u00e9s suffisamment instruits, religieux, m\u00fbrs et robustes pour soutenir le poids de l\u2019observance&nbsp;; aptes, certes, \u00e0 la solitude, mais aussi \u00e0 la vie commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019admission de personnes d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9es une plus grande r\u00e9serve s\u2019impose, car elles s\u2019adaptent plus difficilement \u00e0 nos observances et \u00e0 notre genre de vie. Nul ne devra \u00eatre re\u00e7u apr\u00e8s quarante-cinq ans r\u00e9volus sans l\u2019autorisation expresse du Chapitre G\u00e9n\u00e9ral ou du R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re. Cette permission est \u00e9galement requise pour admettre au noviciat un religieux qui est li\u00e9 par les v\u0153ux dans un autre institut&nbsp;; s\u2019il s\u2019agit d\u2019un prof\u00e8s de v\u0153ux perp\u00e9tuels, le R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re doit obtenir le consentement du Conseil G\u00e9n\u00e9ral. Pour l\u2019admission d\u2019une personne ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 li\u00e9e par les v\u0153ux dans un institut religieux, il est conseill\u00e9 de demander l\u2019avis du R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019un candidat se pr\u00e9sente pour devenir moine du clo\u00eetre, on l\u2019interroge d\u2019abord en particulier sur ses motifs et ses intentions. S\u2019il para\u00eet vraiment chercher Dieu seul, on examine alors plusieurs points qui doivent \u00eatre \u00e9claircis&nbsp;: poss\u00e8de-t-il une culture g\u00e9n\u00e9rale suffisante pour un moine destin\u00e9 au sacerdoce&nbsp;? Peut-il chanter&nbsp;? Est-il exempt de tout emp\u00eachement canonique&nbsp;? En outre, un postulant ne peut commencer son noviciat sans une connaissance suffisante du latin.<\/p>\n\n\n\n<p>On expose alors au candidat le but de notre vie, la gloire que nous esp\u00e9rons rendre \u00e0 Dieu en participant \u00e0 la r\u00e9demption, le bonheur de tout quitter pour suivre le Christ. Mais on lui pr\u00e9sente \u00e9galement des perspectives dures et aust\u00e8res&nbsp;; on met sous son regard, autant qu\u2019il est possible, tous les aspects de la vie qu\u2019il d\u00e9sire embrasser. S\u2019il n\u2019est point \u00e9branl\u00e9 et s\u2019engage r\u00e9solument \u00e0 suivre une route difficile par foi en la parole du Seigneur, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mourir avec le Christ pour vivre avec Lui, alors, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00c9vangile, on l\u2019invite \u00e0 se r\u00e9concilier avec quiconque aurait un reproche \u00e0 lui faire.<\/p>\n\n\n\n<p>La probation dure de trois mois \u00e0 un an. Vers la fin de ce temps le postulant est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9, qui vote un autre jour sur son admission au noviciat.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisqu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 de tout quitter pour suivre le Christ, le novice, s\u2019il avait avec lui de l\u2019argent ou d\u2019autres choses, remet tout au prieur. Celui-ci, ou le moine d\u00e9sign\u00e9 par lui, les conservera fid\u00e8lement en d\u00e9p\u00f4t. Pour nous, nous ne demandons absolument rien \u00e0 ceux qui veulent entrer dans l\u2019Ordre, ni aux novices.<\/p>\n\n\n\n<p>Le noviciat dure deux ans&nbsp;; il peut \u00eatre prolong\u00e9 par le prieur, mais pas plus de six mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Le novice ne se laissera pas \u00e9craser par les tentations&nbsp;: elles sont la part de qui accompagne le Christ au d\u00e9sert&nbsp;; il se d\u00e9fiera de ses propres forces, mais mettra sa confiance dans le Seigneur&nbsp;; c\u2019est lui qui a fait na\u00eetre sa vocation, il m\u00e8nera \u00e0 bien l\u2019\u0153uvre commenc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c9\">Chapitre 9<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Le ma\u00eetre des novices<\/p>\n\n\n\n<p>Le ma\u00eetre \u00e0 qui est confi\u00e9e la formation des novices doit se distinguer par son jugement, sa charit\u00e9, sa ferveur dans l\u2019observance&nbsp;; il doit poss\u00e9der la maturit\u00e9 n\u00e9cessaire et l\u2019exp\u00e9rience des choses de l\u2019Ordre&nbsp;; il faut qu\u2019il soit un adepte fervent du repos contemplatif et de la cellule, profond\u00e9ment \u00e9pris de notre vocation&nbsp;; enfin, il aura le sens de la diversit\u00e9 des caract\u00e8res, et sera ouvert aux besoins des jeunes. D\u2019autre part, tout en ayant intimement \u00e0 c\u0153ur la perfection spirituelle des jeunes moines, il devra savoir excuser devant eux les d\u00e9fauts des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re ma\u00eetre s\u00e9lectionnera les novices avec un soin vigilant&nbsp;; il fera passer la qualit\u00e9 avant le nombre. Pour devenir vraiment chartreux, et ne l\u2019\u00eatre pas seulement de nom, le vouloir ne suffit pas&nbsp;; il faut, outre l\u2019amour de la solitude et de notre vie, des aptitudes physiques et psychiques particuli\u00e8res, gr\u00e2ce auxquelles on puisse reconna\u00eetre l\u2019appel divin. Le p\u00e8re ma\u00eetre y sera tr\u00e8s attentif, car il est le premier responsable de l\u2019examen et de la probation des candidats. Assez souvent, il doit s\u2019en souvenir, des d\u00e9fauts qui ont sembl\u00e9 d\u2019abord minimes se d\u00e9veloppent apr\u00e8s la profession. Refuser ou renvoyer quelqu\u2019un est certes une d\u00e9cision grave, \u00e0 prendre apr\u00e8s m\u00fbre r\u00e9flexion&nbsp;; mais recevoir ou garder trop longtemps un candidat manifestement d\u00e9pourvu des qualit\u00e9s requises serait l\u2019acte d\u2019une compassion fausse et m\u00eame cruelle. Le ma\u00eetre mettra tout en \u0153uvre pour que le novice choisisse sa voie en pleine libert\u00e9&nbsp;; il se gardera d\u2019exercer sur lui la moindre pression pour l\u2019amener \u00e0 faire profession.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re ma\u00eetre visitera le novice aux moments convenables, et lui enseignera les observances de l\u2019Ordre qu\u2019il ne doit pas ignorer. Il aura soin de lui faire \u00e9tudier attentivement nos Statuts. Son r\u00f4le est en outre de former la conduite du novice, de le diriger dans les exercices de la vie spirituelle, et de lui donner, dans l\u2019\u00e9preuve, une aide appropri\u00e9e. Le ma\u00eetre cherchera \u00e0 faire cro\u00eetre continuellement les membres du noviciat dans l\u2019amour du Christ et de l\u2019\u00c9glise. Bien qu\u2019il doive, \u00e0 l\u2019exemple de notre p\u00e8re saint Bruno, avoir un c\u0153ur maternel, il montrera aussi la vigueur d\u2019un p\u00e8re afin que les novices re\u00e7oivent une formation virile et monastique. Il les laissera avant tout faire l\u2019exp\u00e9rience de la vie de solitude en cellule, avec son aust\u00e9rit\u00e9&nbsp;; il leur enseignera aussi \u00e0 s\u2019aider spirituellement les uns les autres dans la simplicit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est certes fort utile \u00e0 un novice d\u2019\u00e9tudier et de travailler de ses mains&nbsp;; mais il ne suffit pas d\u2019\u00eatre occup\u00e9 en cellule et d\u2019y pers\u00e9v\u00e9rer honorablement jusqu\u2019\u00e0 la mort&nbsp;; plus est demand\u00e9&nbsp;: un esprit d\u2019oraison et de pri\u00e8re. Si la vie avec le Christ et l\u2019union intime de l\u2019\u00e2me avec Dieu venaient \u00e0 faire d\u00e9faut, la fid\u00e9lit\u00e9 dans les c\u00e9r\u00e9monies et la r\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019observance ne serviraient gu\u00e8re&nbsp;: notre vie m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre compar\u00e9e \u00e0 un corps sans \u00e2me. Le premier soin du p\u00e8re ma\u00eetre sera donc d\u2019inculquer cet esprit de pri\u00e8re et de le d\u00e9velopper avec discernement, en sorte que les novices, apr\u00e8s leur profession, croissent de jour en jour dans l\u2019intimit\u00e9 divine et atteignent le but de leur vocation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re ma\u00eetre reviendra inlassablement aux sources de toute vie chr\u00e9tienne, aux t\u00e9moignages de la tradition monastique et \u00e0 l\u2019inspiration primitive de notre Ordre. Il mettra en lumi\u00e8re l\u2019esprit de notre p\u00e8re saint Bruno&nbsp;; il cultivera les traditions authentiques, fid\u00e8lement conserv\u00e9es dans l\u2019Ordre depuis sa naissance, et que Guigues, notamment, a recueillies.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de la seconde ann\u00e9e de noviciat d\u00e9butent les \u00e9tudes, qui doivent \u00eatre judicieusement ordonn\u00e9es \u00e0 la formation aussi bien monastique que sacerdotale des jeunes moines, selon les directives de la Ratio Studiorum. Mais les moines ne seront pas promus au sacerdoce avant d\u2019avoir atteint la maturit\u00e9 humaine et spirituelle suffisante pour accueillir pleinement ce don de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c10\">Chapitre 10<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>La profession<\/p>\n\n\n\n<p>Mort au p\u00e9ch\u00e9 et consacr\u00e9 \u00e0 Dieu par le bapt\u00eame, le moine, par la profession, est vou\u00e9 plus totalement au P\u00e8re c\u00e9leste&nbsp;; affranchi des liens du monde, il pourra d\u00e9sormais tendre \u00e0 la pl\u00e9nitude de la charit\u00e9 par un chemin plus direct. Le pacte ferme et stable qui le lie au Seigneur lui donne part au myst\u00e8re de l\u2019union indissoluble du Christ et de l\u2019\u00c9glise&nbsp;; devant le monde, il rend t\u00e9moignage de la vie nouvelle que le Christ nous a acquise par son sacrifice r\u00e9dempteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers la fin de la seconde ann\u00e9e de noviciat, le novice, s\u2019il para\u00eet apte, sera pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9&nbsp;; celle-ci, apr\u00e8s examen s\u00e9rieux, portera quelques jours plus tard un jugement sur son admission \u00e0 la profession temporaire. Il importe que le novice ne s\u2019engage qu\u2019apr\u00e8s m\u00fbre r\u00e9flexion et en pleine libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re profession est \u00e9mise pour trois ans. Au terme de cette p\u00e9riode, il revient au prieur, apr\u00e8s un vote de la communaut\u00e9, d\u2019admettre le jeune prof\u00e8s \u00e0 une probation de deux ans parmi les prof\u00e8s de v\u0153ux solennels. Alors le jeune moine renouvelle sa profession temporaire pour deux ans. Pendant l\u2019une de ces deux ann\u00e9es, la seconde en principe, il sera exempt d\u2019\u00e9tudes canoniques, afin de se pr\u00e9parer avec plus de r\u00e9flexion aux v\u0153ux solennels.<\/p>\n\n\n\n<p>Au disciple qui suit le Christ il est demand\u00e9 de renoncer \u00e0 tout et \u00e0 soi-m\u00eame&nbsp;: avant les v\u0153ux solennels, le futur prof\u00e8s doit donc se d\u00e9pouiller de tous ses biens actuels. Il peut aussi disposer alors des biens futurs auxquels il a droit. Personne dans l\u2019Ordre ne doit rien lui demander de ce qu\u2019il a, pas m\u00eame \u00e0 l\u2019intention d\u2019\u0153uvres pieuses ou d\u2019aum\u00f4nes destin\u00e9es \u00e0 qui que ce soit. Au contraire. il faut laisser le jeune prof\u00e8s disposer de tout librement et \u00e0 son gr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le futur prof\u00e8s \u00e9crira lui-m\u00eame sa profession sous la forme suivante. Moi, fr\u00e8re N., je promets \u2026 stabilit\u00e9, ob\u00e9issance et conversion de mes m\u0153urs devant Dieu et ses saints, et les reliques de cet ermitage, \u00e9difi\u00e9 \u00e0 la gloire de Dieu et \u00e0 l\u2019honneur de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de saint Jean Baptiste, en pr\u00e9sence de Dom N., prieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s je promets, s\u2019il s\u2019agit de la premi\u00e8re profession temporaire, on ajoute pour trois ans&nbsp;; et quand cette profession est prorog\u00e9e, on indique la dur\u00e9e de la prorogation&nbsp;; s\u2019il s\u2019agit de la profession solennelle, on dit pour toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e0 noter que tous nos ermitages sont en premier lieu d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la bienheureuse Vierge Marie et \u00e0 saint Jean Baptiste, nos principaux patrons au ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>La c\u00e9dule de toute profession doit \u00eatre sign\u00e9e par le prof\u00e8s et le prieur qui a re\u00e7u les v\u0153ux, et porter l\u2019indication du jour et de l\u2019ann\u00e9e. On la conserve dans les archives de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>La profession faite, celui qui vient d\u2019\u00eatre re\u00e7u se sait d\u00e9sormais tellement \u00e9tranger \u00e0 toute chose du monde qu\u2019il n\u2019a plus pouvoir sur rien, pas m\u00eame sur sa personne, sans la permission de son prieur. Tous ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de vivre sous une r\u00e8gle ont \u00e0 garder l\u2019ob\u00e9issance avec grande application&nbsp;; mais nous devons y mettre d\u2019autant plus de pi\u00e9t\u00e9 et de soin que nous nous sommes soumis \u00e0 un propos plus rigoureux et plus aust\u00e8re&nbsp;: si en effet, par malheur, l\u2019ob\u00e9issance venait \u00e0 manquer, tous ces efforts demeureraient sans fruit. D\u2019o\u00f9 la parole de Samuel&nbsp;: Mieux vaut l\u2019ob\u00e9issance que les victimes&nbsp;; se soumettre a plus de prix qu\u2019offrir la graisse des b\u00e9liers.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019exemple du Christ J\u00e9sus, qui est venu pour faire la volont\u00e9 du P\u00e8re et qui, prenant la forme de serviteur, a appris, par ce qu\u2019il souffrit, l\u2019ob\u00e9issance, le moine par la profession se soumet au prieur qui repr\u00e9sente Dieu, et s\u2019efforce ainsi de laisser le Christ atteindre en lui sa pleine stature.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Livre 1&nbsp;: Les moines du clo\u00eetre Chapitre 3 Les moines du clo\u00eetre Extraits des statuts &#8211; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[107],"tags":[],"class_list":["post-6810","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-statuts"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6810","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6810"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6810\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6810"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6810"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6810"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}