{"id":6056,"date":"2021-12-15T10:00:37","date_gmt":"2021-12-15T09:00:37","guid":{"rendered":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/?page_id=6056"},"modified":"2021-12-15T12:07:27","modified_gmt":"2021-12-15T11:07:27","slug":"livre-3","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/statuts\/livre-3\/","title":{"rendered":"Livre 3"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Livre 3&nbsp;: La communaut\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c21\">Chapitre 21<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>La c\u00e9l\u00e9bration quotidienne de la liturgie<a href=\"\/moines\/statuts\/livre-2#c20\">\u00ab<\/a><a href=\"#c22\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"S21_1\">Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit la vie du moine \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de Dieu en cellule ou dans le travail, nous allons maintenant parler, avec l&rsquo;aide de Dieu, de la communaut\u00e9. La gr\u00e2ce du Saint Esprit rassemble en effet les solitaires pour en faire une communion dans l&rsquo;amour, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;\u00c9glise, une et r\u00e9pandue en tous lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre p\u00e8re saint Bruno, en entrant au d\u00e9sert avec six compagnons, suivait les traces de ces anciens moines totalement consacr\u00e9s au silence et \u00e0 la pauvret\u00e9 de l&rsquo;esprit. Ce fut cependant la gr\u00e2ce propre de nos premiers p\u00e8res d&rsquo;introduire dans cette vie une liturgie quotidienne qui, tout en gardant l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 de la vocation \u00e9r\u00e9mitique, l&rsquo;associait de mani\u00e8re expressive \u00e0 l&rsquo;hymne de louange que le Christ Souverain Pr\u00eatre a confi\u00e9 \u00e0 son \u00c9glise. Nous conservons cette liturgie propre, parce qu&rsquo;elle est accord\u00e9e \u00e0 notre vie solitaire et contemplative.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans la synaxe des anciens moines, les temps forts de notre liturgie sont les vigiles de la nuit, auxquelles sont li\u00e9es les louanges du matin, la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique conventuelle, et les louanges du soir. Pour ces Offices nous nous r\u00e9unissons \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous nous rassemblons pour la sainte Eucharistie, l&rsquo;unit\u00e9 de la famille cartusienne trouve sa consommation dans le Christ pr\u00e9sent en pri\u00e8re. Cette comm\u00e9moration du sacrifice du Seigneur r\u00e9unit chaque jour tous les moines du clo\u00eetre et ceux des moines la\u00efcs qui le d\u00e9sirent.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre part les moines pr\u00eatres, unis \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise enti\u00e8re, c\u00e9l\u00e8brent une Eucharistie en solitude, o\u00f9 l&rsquo;humble oblation de leur vie au d\u00e9sert est assum\u00e9e dans celle du Christ pour la gloire de Dieu le P\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours plus marquants de la vie de communaut\u00e9, les moines peuvent conc\u00e9l\u00e9brer, r\u00e9unis en un seul presbyt\u00e9rium.<\/p>\n\n\n\n<p>La pri\u00e8re de la nuit est celle o\u00f9 l&rsquo;on monte une garde sainte et pers\u00e9v\u00e9rante dans l&rsquo;attente du retour du Ma\u00eetre, pour lui ouvrir d\u00e8s qu&rsquo;il frappera. Les louanges du soir sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es au moment o\u00f9 le jour \u00e0 son d\u00e9clin invite l&rsquo;\u00e2me au sabbat spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autres Heures canoniques de la liturgie sont habituellement r\u00e9cit\u00e9es en cellule. Les dimanches et solennit\u00e9s, Tierce, Sexte et None sont chant\u00e9es au ch\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie solitaire est libert\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me&nbsp;: la liturgie, lorsqu&rsquo;elle est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans le secret de la cellule, en re\u00e7oit l&#8217;empreinte et s&rsquo;harmonise ainsi plus profond\u00e9ment avec les aspirations de notre c\u0153ur, sans jamais cesser d&rsquo;\u00eatre un acte de la vie commune. Au son de la cloche, tous prient au m\u00eame moment, faisant du monast\u00e8re entier une seule louange \u00e0 la gloire de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les moines c\u00e9l\u00e8brent l&rsquo;Office divin, ils sont la voix et le c\u0153ur de l&rsquo;\u00c9glise. C&rsquo;est elle qui, par eux, pr\u00e9sente au P\u00e8re, dans le Christ, adoration, louange, supplication et humble demande de pardon pour les p\u00e9ch\u00e9s. Cette fonction si importante, les moines s&rsquo;en acquittent assur\u00e9ment par toute leur vie, mais d&rsquo;une mani\u00e8re plus explicite et officielle dans la sainte liturgie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moine m\u00e9dite sans rel\u00e2che les saintes \u00c9critures jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles deviennent comme une partie de lui-m\u00eame. Quand, au cours de la liturgie, c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9glise elle-m\u00eame qui nous les dispense, nous les recevons comme le pain du Christ.<\/p>\n\n\n\n<p>La liturgie conventuelle est toujours chant\u00e9e. Le chant gr\u00e9gorien qui nous est propre est un \u00e9l\u00e9ment du patrimoine de notre Ordre que nous conservons depuis l&rsquo;origine&nbsp;; nous savons que ces m\u00e9lodies sont porteuses d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 et de sobri\u00e9t\u00e9 spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Office divin des moines du clo\u00eetre est celui que d\u00e9crivent nos livres liturgiques. La participation des moines la\u00efcs \u00e0 la sainte liturgie peut avoir lieu de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, mais elle est toujours pri\u00e8re publique de l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre l&rsquo;Office divin, nos p\u00e8res nous ont transmis l&rsquo;Office de la bienheureuse Vierge Marie, dont chacune des Heures pr\u00e9c\u00e8de ordinairement l&rsquo;Heure correspondante de l&rsquo;Office divin. Par cette pri\u00e8re, nous c\u00e9l\u00e9brons l&rsquo;\u00e9ternelle nouveaut\u00e9 du myst\u00e8re de Marie engendrant spirituellement le Christ dans nos c\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Seigneur nous a appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre en sa pr\u00e9sence repr\u00e9sentants de toute la cr\u00e9ation. C&rsquo;est donc notre devoir d&rsquo;interc\u00e9der pour tous&nbsp;: pour nos fr\u00e8res, nos parents, nos bienfaiteurs, et pour tous les vivants et tous les d\u00e9funts.<\/p>\n\n\n\n<p>La liturgie de la r\u00e9conciliation est une perp\u00e9tuelle P\u00e2que du Seigneur&nbsp;; p\u00e9cheurs en qu\u00eate de sa Face, nous la c\u00e9l\u00e9brons fr\u00e9quemment afin d&rsquo;\u00eatre chaque fois renouvel\u00e9s par Lui. La qualit\u00e9 de notre vie de pri\u00e8re, en effet, est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 une pratique personnelle, assidue et consciente du sacrement de P\u00e9nitence.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre vocation \u00e9tant de demeurer sans cesse \u00e9veill\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence de Dieu, toute notre vie tend \u00e0 se transformer en une liturgie ininterrompue. Celle-ci devient plus explicite \u00e0 certains moments&nbsp;: quand nous offrons la pri\u00e8re officielle de l&rsquo;\u00c9glise, ou quand nous suivons l&rsquo;inclination de notre c\u0153ur. Cette diversit\u00e9 n&rsquo;est pas source de division, car c&rsquo;est toujours le m\u00eame Seigneur qui, exer\u00e7ant en nous son sacerdoce, prie le P\u00e8re dans l&rsquo;unique Esprit.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c22\">Chapitre 22<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>La vie commune<a href=\"#c21\">\u00ab<\/a><a href=\"#c23\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En cellule ou dans les ob\u00e9diences, tandis que nous menons la vie solitaire, notre c\u0153ur peut s&rsquo;enflammer puis se dilater au feu de l&rsquo;amour divin, et celui-ci, qui est le lien de la perfection, nous unit comme les membres d&rsquo;un seul corps. Cet amour que nous avons les uns pour les autres, nous l&rsquo;exprimons lors des r\u00e9unions conventuelles&nbsp;: disant et manifestant notre joie d&rsquo;\u00eatre avec nos fr\u00e8res, nous renon\u00e7ant de bon c\u0153ur pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>La sainte liturgie est la part la plus noble de la vie de communaut\u00e9, car c&rsquo;est elle qui \u00e9tablit entre nous la communion la plus intime. Chaque jour, lorsque nous nous r\u00e9unissons pour la c\u00e9l\u00e9brer, nous ne formons qu&rsquo;un seul c\u0153ur pour nous pr\u00e9senter devant Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre de la maison est un lieu particuli\u00e8rement digne&nbsp;: autrefois chacun de nous y a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u comme le plus humble serviteur de tous&nbsp;; il y reconna\u00eet devant ses fr\u00e8res les fautes commises depuis lors&nbsp;; nous y \u00e9coutons de saintes lectures, et, l\u00e0 aussi, nous d\u00e9lib\u00e9rons sur les questions relatives au bien commun.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;occasion de certaines f\u00eates toute la communaut\u00e9 se r\u00e9unit au chapitre pour \u00e9couter un sermon donn\u00e9 par le prieur, ou par le moine qu&rsquo;il en aura charg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dimanches et jours de solennit\u00e9 (sauf No\u00ebl, P\u00e2ques, Pentec\u00f4te, et les solennit\u00e9s tombant en semaine durant le Car\u00eame) apr\u00e8s None, nous nous rendons au chapitre pour y entendre lecture de l&rsquo;\u00c9vangile ou des Statuts. Toutes les deux semaines, ou une fois par mois, selon l&rsquo;usage des maisons, nous y reconnaissons publiquement nos fautes. Chacun peut librement confesser les manquements commis contre ses fr\u00e8res, contre les Statuts ou contre les principales exigences de notre vie au service de Dieu. Et comme la solitude du c\u0153ur ne peut \u00eatre gard\u00e9e que par le mur du silence, ceux qui auraient manqu\u00e9 au silence devront toujours le reconna\u00eetre et recevoir la p\u00e9nitence publique en usage. Apr\u00e8s l&rsquo;accusation, le prieur peut donner des admonitions, s&rsquo;il est \u00e0 propos.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les dimanches, \u00e0 l&rsquo;heure convenable, les fr\u00e8res se r\u00e9unissent au chapitre ou ailleurs pour entendre la lecture et l&rsquo;explication des Statuts&nbsp;; ou bien, un p\u00e8re d\u00e9sign\u00e9 par le prieur leur enseigne la doctrine chr\u00e9tienne. Ils reconnaissent aussi leurs fautes, \u00e0 moins qu&rsquo;ils n&rsquo;aient particip\u00e9 au chapitre avec les p\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il faut d\u00e9lib\u00e9rer sur une affaire, ou si le prieur d\u00e9sire consulter la communaut\u00e9, les moines, \u00e0 la demande du prieur, se r\u00e9unissent au chapitre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dimanches et solennit\u00e9s, nous d\u00e9jeunons ensemble au r\u00e9fectoire&nbsp;: ces jours-l\u00e0, les r\u00e9unions communes sont plus fr\u00e9quentes et une place plus large est donn\u00e9e au r\u00e9confort qu&rsquo;apporte la vie de famille. Le r\u00e9fectoire, o\u00f9 nous entrons apr\u00e8s avoir c\u00e9l\u00e9br\u00e9 l&rsquo;Office \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, \u00e9voque pour nous le repas dont le Christ fit un myst\u00e8re sacr\u00e9&nbsp;; les tables sont b\u00e9nites par le pr\u00eatre qui a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en communaut\u00e9, et, tandis que le corps re\u00e7oit sa r\u00e9fection, l&rsquo;\u00e2me se nourrit d&rsquo;une lecture spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux p\u00e8res est accord\u00e9 un entretien commun apr\u00e8s le chapitre de None&nbsp;; aux fr\u00e8res qui le d\u00e9sirent le prieur peut accorder une r\u00e9cr\u00e9ation \u00e0 chaque solennit\u00e9. Chaque mois a lieu une r\u00e9cr\u00e9ation pour tous les fr\u00e8res&nbsp;; ce jour-l\u00e0, au gr\u00e9 du prieur, les p\u00e8res et les fr\u00e8res peuvent avoir r\u00e9cr\u00e9ation commune, \u00e0 laquelle les novices et jeunes prof\u00e8s peuvent \u00e9galement prendre part.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9cr\u00e9ation, souvenons-nous du conseil de l&rsquo;Ap\u00f4tre&nbsp;: Soyons joyeux, mettons-nous \u00e0 l&rsquo;unisson, gardons la paix, pour que le Dieu de paix et d&rsquo;amour demeure avec nous. Comme la r\u00e9cr\u00e9ation est destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9unir toute la communaut\u00e9, \u00e9vitons de rester \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart ou de parler ailleurs qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 se trouvent les autres, si ce n&rsquo;est pour dire quelques mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le dit saint Bruno, lorsque la rigueur de la discipline et les exercices spirituels deviennent pesants \u00e0 notre esprit fragile, celui-ci trouve souvent dans le charme du d\u00e9sert et la beaut\u00e9 des champs un soulagement et un regain de vigueur. C&rsquo;est pourquoi chaque semaine, except\u00e9 la semaine sainte, les p\u00e8res sortent en spaciement. Les fr\u00e8res, eux, ont un spaciement par mois o\u00f9 chacun est libre de venir, \u00e0 condition cependant d&rsquo;y prendre part au moins trois ou quatre fois par an&nbsp;; \u00e0 ce spaciement, p\u00e8res et fr\u00e8res peuvent, au jugement du prieur, faire route ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon une ancienne coutume de l&rsquo;Ordre, chaque ann\u00e9e est accord\u00e9 un spaciement plus long, que les p\u00e8res et les fr\u00e8res, ainsi que les novices et jeunes prof\u00e8s, peuvent faire ensemble si le prieur le juge opportun. Ce jour-l\u00e0 il est permis de d\u00e9passer les limites de spaciement fix\u00e9es par le Chapitre G\u00e9n\u00e9ral. Nous pouvons emporter quelques provisions, mais nous observons la sobri\u00e9t\u00e9 cartusienne, et nous mangeons \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des \u00e9trangers. Le prieur peut conc\u00e9der un second spaciement annuel du m\u00eame genre, mais o\u00f9 l&rsquo;on ne mange pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos spaciements doivent favoriser l&rsquo;union des \u00e2mes et leur \u00e9panouissement surnaturel. Pour que chacun puisse s&rsquo;entretenir tour \u00e0 tour avec les autres, tous feront route en m\u00eame temps et par le m\u00eame chemin, \u00e0 moins qu&rsquo;un motif raisonnable ne conseille de former deux groupes, ou trois. Si l&rsquo;on doit n\u00e9cessairement passer par quelque village des environs, on se contentera de le traverser, en observant une grande r\u00e9serve&nbsp;; jamais on ne p\u00e9n\u00e9trera dans les maisons des s\u00e9culiers. On ne doit pas lier conversation avec des \u00e9trangers, ni distribuer des dons. Durant le trajet, on ne mange ni ne boit rien, sauf l&rsquo;eau des sources rencontr\u00e9es en chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos conversations ont pour but d&rsquo;entretenir l&rsquo;affection mutuelle, et de nous aider \u00e0 vivre en solitude. \u00c9vitons donc verbiage, cris ou rires mals\u00e9ants&nbsp;; que nos propos demeurent religieux, non pas vains et s\u00e9culiers&nbsp;; ayons horreur de la moindre forme de d\u00e9traction ou de murmure. S&rsquo;il nous arrive de ne pas \u00eatre d&rsquo;accord avec un fr\u00e8re, sachons l&rsquo;\u00e9couter et faisons effort pour comprendre son point de vue, afin qu&rsquo;en tous cas se resserrent entre nous les liens de la charit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois fois par an les p\u00e8res font des \u0153uvres communes, laiss\u00e9es \u00e0 la discr\u00e9tion du prieur qui peut m\u00eame les supprimer. Voici en quoi elles consistent&nbsp;: entre None et V\u00eapres, ils travaillent ensemble, gardant le silence selon les normes donn\u00e9es au chapitre 5 n\u00b0 6&nbsp;; ces travaux peuvent durer trois jours. Outre les services \u00e0 rendre au sacristain, le prieur peut commander un travail qui aidera les fr\u00e8res&nbsp;: alors les p\u00e8res seront heureux de cette occasion de participer au service de ces derniers. La semaine des \u0153uvres communes, chaque p\u00e8re est libre de venir ou non au spaciement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois par mois, les p\u00e8res qui le d\u00e9sirent peuvent, avec le consentement du prieur, travailler ensemble durant le temps du spaciement, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;aux \u0153uvres communes, mais avec permission de parler.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c23\">Chapitre 23<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Le prieur<a href=\"#c22\">\u00ab<\/a><a href=\"#c26\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;\u00e9lection du prieur<\/h4>\n\n\n\n<p>Toute maison de l&rsquo;Ordre o\u00f9 se trouvent au moins six prof\u00e8s aptes \u00e0 \u00eatre \u00e9lecteurs peut \u00e9lire son prieur. L&rsquo;\u00e9lection doit se faire dans un d\u00e9lai de quarante jours&nbsp;; une fois ce d\u00e9lai expir\u00e9, le R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re ou le Chapitre G\u00e9n\u00e9ral nomme le nouveau prieur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le prieur au service de ses fr\u00e8res<\/h4>\n\n\n\n<p>Le prieur, \u00e0 l&rsquo;exemple du Christ, est parmi ses fr\u00e8res comme celui qui sert&nbsp;; il les conduit selon l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00c9vangile et selon la tradition de l&rsquo;Ordre, qu&rsquo;il a lui-m\u00eame re\u00e7ue. Il s&rsquo;efforce d&rsquo;\u00eatre utile \u00e0 tous par sa parole et par sa vie. Il sera en particulier pour les moines du clo\u00eetre, dont il est issu, un exemple de paix contemplative, de stabilit\u00e9, de solitude et de fid\u00e9lit\u00e9 aux observances de leur vocation.<\/p>\n\n\n\n<p>En tous lieux, ses v\u00eatements, comme son si\u00e8ge, ne se distinguent par aucune marque de dignit\u00e9 ou de luxe&nbsp;; il ne porte rien d&rsquo;o\u00f9 paraisse qu&rsquo;il est le prieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le prieur, qui est dans le monast\u00e8re le p\u00e8re commun, doit montrer \u00e0 tous, fr\u00e8res et p\u00e8res, la m\u00eame sollicitude. Il leur rendra visite, de temps \u00e0 autre, en cellule et dans leurs ob\u00e9diences. Si quelqu&rsquo;un vient le voir, son accueil sera plein de charit\u00e9&nbsp;; chacun le trouvera toujours dispos\u00e9 \u00e0 \u00e9couter. Il sera tel que ses moines, surtout dans l&rsquo;\u00e9preuve, puissent recourir \u00e0 lui, comme \u00e0 un p\u00e8re au c\u0153ur tr\u00e8s bon, et, s&rsquo;ils le veulent, lui ouvrir leur \u00e2me spontan\u00e9ment et en toute libert\u00e9. Il ne c\u00e9dera point \u00e0 des vues humaines, mais s&rsquo;efforcera avec ses moines d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;Esprit dans une commune recherche de la volont\u00e9 de Dieu, dont il a re\u00e7u mission d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;interpr\u00e8te pour ses fr\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Le prieur ne doit pas, pour se faire aimer, admettre un rel\u00e2chement de la discipline r\u00e9guli\u00e8re&nbsp;: ce ne serait pas garder son troupeau, mais le perdre. Qu&rsquo;il gouverne au contraire ses moines en enfants de Dieu, cherchant \u00e0 d\u00e9velopper en eux une attitude de soumission volontaire qui les rende plus totalement conformes, dans leur solitude, au Christ ob\u00e9issant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les moines, \u00e0 leur tour, aimeront leur prieur dans le Christ et le respecteront, lui t\u00e9moignant toujours une ob\u00e9issance humble et d\u00e9f\u00e9rente. Ils auront foi en lui qui, dans le Seigneur, a re\u00e7u charge de leurs \u00e2mes&nbsp;; et puisque nous devons croire qu&rsquo;il tient pour nous la place du Christ, ils abandonneront toute inqui\u00e9tude entre ses mains. Loin d&rsquo;\u00eatre sages \u00e0 leurs propres yeux et de se fier en leur jugement, ils tourneront leur c\u0153ur vers la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e9couteront les avertissements de leur p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes moines du clo\u00eetre au d\u00e9but de leur s\u00e9jour parmi les prof\u00e8s de v\u0153ux solennels, les convers aussit\u00f4t apr\u00e8s leur profession perp\u00e9tuelle, et les donn\u00e9s qui viennent de quitter la direction du p\u00e8re ma\u00eetre, ne doivent pas \u00eatre livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames et aux caprices de leur volont\u00e9 propre&nbsp;: le prieur y veillera, car au t\u00e9moignage de l&rsquo;exp\u00e9rience, ces ann\u00e9es sont d\u00e9cisives pour une vocation et tout l&rsquo;avenir en d\u00e9pend. Au cours d&rsquo;entretiens tr\u00e8s simples, il saura aider ces moines comme un p\u00e8re, et m\u00eame comme un fr\u00e8re. Enfin il aura soin, autant que possible, de ne mettre personne en charge trop t\u00f4t apr\u00e8s la fin des \u00e9tudes, surtout s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;en faire un procureur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le prieur veillera \u00e0 ce que le chapitre des fr\u00e8res soit tenu r\u00e9guli\u00e8rement. Il fera en outre donner aux fr\u00e8res, une fois par semaine, une conf\u00e9rence sur la doctrine chr\u00e9tienne ou sur les Statuts. C&rsquo;est l\u00e0 pour lui un devoir grave&nbsp;: il doit veiller avec soin \u00e0 ce que les fr\u00e8res re\u00e7oivent une formation solide, et soient pourvus des livres qui peuvent les aider.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa sollicitude se fera sp\u00e9cialement attentive pour les malades, ceux qui souffrent de tentations ou d&rsquo;autres peines&nbsp;: car il sait d&rsquo;exp\u00e9rience combien parfois notre solitude peut \u00eatre charg\u00e9e d&rsquo;\u00e9preuves.<\/p>\n\n\n\n<p>Les livres \u00e9tant l&rsquo;aliment perp\u00e9tuel de nos \u00e2mes, le prieur en procurera volontiers \u00e0 ses moines. La nourriture qui leur convient est avant tout l&rsquo;\u00c9criture sainte, les P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise, les auteurs monastiques \u00e9prouv\u00e9s. Le prieur fournira aussi d&rsquo;autres ouvrages solides, soigneusement choisis et adapt\u00e9s aux besoins de chacun. En solitude nous ne lisons pas pour nous mettre au courant de toutes les id\u00e9es nouvelles, mais pour nourrir notre foi dans la paix, et entretenir l&rsquo;oraison. Le prieur pourrait aussi, en cas de besoin, interdire un ouvrage \u00e0 ses moines.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de traiter une question importante concernant l&rsquo;ob\u00e9dience d&rsquo;un officier, le prieur entendra celui-ci et s&rsquo;efforcera de prendre la d\u00e9cision d&rsquo;un commun accord avec lui. Les officiers accepteront toujours ses dispositions avec une d\u00e9f\u00e9rence filiale. Lui aura l&rsquo;affection d&rsquo;un p\u00e8re pour apprendre \u00e0 les conna\u00eetre avec leurs difficult\u00e9s, pour les aider, soutenir leur autorit\u00e9 devant tous, et au besoin les reprendre avec charit\u00e9. Il \u00e9vitera de para\u00eetre seulement pr\u00e9occup\u00e9 du bon ordre ext\u00e9rieur, mais ob\u00e9issant lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;Esprit, il manifestera envers tous l&rsquo;amour du Christ. Car la paix et la concorde dans la maison d\u00e9pendent pour une grande part de l&rsquo;unit\u00e9 de vues et de la communion existant entre les officiers et le prieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa maison le prieur ne doit pas indiff\u00e9remment partager la table de tous les h\u00f4tes, mais seulement de ceux \u00e0 qui ce ne pourrait gu\u00e8re \u00eatre refus\u00e9, et m\u00eame alors le plus rare sera le mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la vieillesse ou la maladie emp\u00eacheront un prieur de veiller sur son troupeau et de lui donner l&rsquo;exemple de la vie r\u00e9guli\u00e8re, il le reconna\u00eetra humblement, et sans attendre le Chapitre G\u00e9n\u00e9ral, il demandera mis\u00e9ricorde au R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re. Nous engageons les d\u00e9finiteurs \u00e0 ne pas maintenir en charge des prieurs accabl\u00e9s par l&rsquo;\u00e2ge ou les infirmit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;office du prieur exige une abn\u00e9gation peu commune&nbsp;: il s&rsquo;appliquera \u00e0 lui-m\u00eame les paroles de Guigues&nbsp;: Dieu t&rsquo;a \u00e9tabli serviteur de tes fils. Ne cherche donc pas \u00e0 leur faire faire ce qui te pla\u00eet, mais ce qui leur est bon. Ton devoir est de te pr\u00eater \u00e0 leurs besoins et non de les plier \u00e0 ton vouloir, car ils t&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s pour te placer, non au-dessus d&rsquo;eux, mais \u00e0 leur service.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c26\">Chapitre 26<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Le procureur<a href=\"#c23\">\u00ab<\/a><a href=\"#c27\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le prieur choisit parmi les prof\u00e8s de v\u0153ux solennels, pour lui confier les fr\u00e8res, un diligent procureur&nbsp;: c&rsquo;est ainsi que nous l&rsquo;appelons. \u00c0 l&rsquo;exemple de Marthe, il a beaucoup de soucis et d&rsquo;ennuis, mais il ne doit pas pour cela abdiquer compl\u00e8tement, encore moins prendre en aversion, le silence et le repos de la cellule&nbsp;; bien au contraire, pour autant que les affaires de la maison le permettent, il revient sans cesse \u00e0 la cellule comme \u00e0 un port tranquille et s\u00fbr o\u00f9 il puisse, par la lecture, la pri\u00e8re et la m\u00e9ditation, apaiser le tumulte int\u00e9rieur provoqu\u00e9 par les soucis temporels et mettre dans le secret de son c\u0153ur quelques pens\u00e9es salutaires, qu&rsquo;il communiquera, avec sagesse et d\u00e9licatesse, aux fr\u00e8res dont il a la charge.<\/p>\n\n\n\n<p>Le procureur visite en tout temps les moines malades qui ont cess\u00e9 de venir \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise&nbsp;; il fait preuve envers eux d&rsquo;une bont\u00e9 pr\u00e9venante. Autrement, il ne visite pas les p\u00e8res, et n&rsquo;entre pas dans leur cellule sans permission, ni ne leur parle hors de cellule, \u00e0 moins de les rencontrer au colloque permis par le pr\u00e9sident. Il peut cependant \u00e9changer quelques mots avec eux sur le pas de leur porte. Mais il doit avoir grand soin de ne pas r\u00e9pandre dans la maison les bruits du monde&nbsp;; car son office consiste justement \u00e0 permettre aux moines de vaquer librement au repos de la contemplation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le procureur a pour les fr\u00e8res une attention pleine de charit\u00e9 au sujet de leurs ob\u00e9diences et de leur sant\u00e9. Avant tout, qu&rsquo;il leur donne l&rsquo;exemple&nbsp;: car les actes entra\u00eenent plus que les paroles, et les fr\u00e8res prendront volontiers mod\u00e8le sur le procureur si lui-m\u00eame imite le Christ. Il mettra le plus grand soin \u00e0 ne pas les surcharger de travail&nbsp;; pour qu&rsquo;ils disposent d&rsquo;un temps de recueillement suffisant en cellule, la dur\u00e9e de leur travail ne doit pas normalement d\u00e9passer sept heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque fr\u00e8re est responsable de son ob\u00e9dience&nbsp;; son autorit\u00e9 l\u00e9gitime, dans les fonctions qui lui sont confi\u00e9es, recevra l&rsquo;appui du procureur. Celui-ci doit \u00eatre consult\u00e9 et ses d\u00e9cisions doivent \u00eatre suivies&nbsp;; mais, autant que possible, il laissera aux fr\u00e8res la libert\u00e9 d&rsquo;action n\u00e9cessaire pour leur permettre de s&rsquo;acquitter au mieux de leur t\u00e2che. S&rsquo;il veut introduire un changement dans leur ob\u00e9dience, il ne le fera pas sans les avoir entendus ou au moins avertis.<\/p>\n\n\n\n<p>Le procureur, comme les autres officiers de la maison, veillera \u00e0 ne pas abuser de sa charge en s&rsquo;accordant des dispenses ou des objets superflus qu&rsquo;il ne voudrait pas accorder aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le procureur prend soin des h\u00f4tes, les accueille \u00e0 leur arriv\u00e9e et leur rend visite. Pour leur faire honneur il peut s&rsquo;absenter du r\u00e9fectoire lorsque le prieur n&rsquo;est pas l\u00e0. Il ne partage cependant pas la table de tous sans distinction, mais seulement des personnes \u00e0 qui ce ne pourrait gu\u00e8re \u00eatre refus\u00e9, et m\u00eame alors, le plus rarement sera le mieux. Hormis le procureur et, en l&rsquo;absence du prieur, le vicaire, aucun moine ne doit \u00eatre pr\u00e9sent au repas des h\u00f4tes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le procureur quitte ses fonctions, il laisse tout souci et tout objet superflu, voulant suivre au d\u00e9sert le Christ nu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c27\">Chapitre 27<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Les malades<a href=\"#c26\">\u00ab<\/a><a href=\"#c28\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La maladie ou la vieillesse nous invitent \u00e0 un nouvel acte de foi envers le P\u00e8re, qui par ces \u00e9preuves nous rend plus conformes au Christ. Nous sommes alors associ\u00e9s de mani\u00e8re particuli\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de la r\u00e9demption, et notre union avec tout le Corps mystique en devient plus intime.<\/p>\n\n\n\n<p>Le prieur doit, \u00e0 un titre sp\u00e9cial, t\u00e9moigner une compassion pleine de pr\u00e9venances aux malades, aux vieillards et \u00e0 ceux qui sont dans l&rsquo;\u00e9preuve. La m\u00eame sollicitude est recommand\u00e9e \u00e0 tous ceux qui ont soin des malades. On procurera charitablement \u00e0 ceux-ci, selon les moyens de la maison, tous les secours n\u00e9cessaires ou utiles&nbsp;; les services m\u00eame les plus intimes qu&rsquo;ils sont incapables de se rendre \u00e0 eux-m\u00eames leur seront rendus humblement par d&rsquo;autres, qui s&rsquo;estimeront heureux d&rsquo;avoir re\u00e7u un tel office. Les maladies nerveuses sont particuli\u00e8rement lourdes \u00e0 porter en solitude&nbsp;: on cherchera tous les moyens de soutenir ceux qui en souffriraient, les aidant \u00e0 comprendre qu&rsquo;ils peuvent rendre gloire \u00e0 Dieu, s&rsquo;ils s&rsquo;oublient eux-m\u00eames et s&rsquo;en remettent avec confiance \u00e0 la volont\u00e9 de celui qui est leur P\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, comme le dit saint Beno\u00eet, il faut rappeler aux malades de faire tr\u00e8s attention \u00e0 ne pas peiner leurs infirmiers par des demandes superflues, voire impossibles \u00e0 satisfaire, ou peut-\u00eatre par des murmures. Le souvenir de la vocation qu&rsquo;ils ont embrass\u00e9e leur fera voir que la diff\u00e9rence entre eux et les gens du monde doit \u00eatre aussi grande dans la maladie que dans la sant\u00e9. \u00c0 Dieu ne plaise que la maladie leur soit une occasion de repli sur soi, et qu&rsquo;en vain Dieu soit venu les visiter.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux malades donc de m\u00e9diter les souffrances du Christ, aux infirmiers, ses gestes de mis\u00e9ricorde. Les premiers en seront plus forts dans l&rsquo;\u00e9preuve, les seconds plus dispos\u00e9s \u00e0 y porter secours. Si tous se souviennent que c&rsquo;est par amour du Christ, les uns qu&rsquo;ils sont servis, les autres qu&rsquo;ils servent, il n&rsquo;y aura ni arrogance d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ni n\u00e9gligence de l&rsquo;autre&nbsp;; mais chacun attendra du m\u00eame Seigneur le prix du devoir accompli, ici par la souffrance, l\u00e0 par la compassion.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme des pauvres du Christ nous nous contentons du m\u00e9decin ordinaire de la maison, ou, s&rsquo;il y a n\u00e9cessit\u00e9, d&rsquo;un sp\u00e9cialiste des environs. Si un p\u00e8re a besoin de consulter un sp\u00e9cialiste en plus du m\u00e9decin habituel, le prieur peut lui permettre de se rendre \u00e0 l&rsquo;une des villes proches d\u00e9sign\u00e9es par les Visiteurs avec l&rsquo;approbation du Chapitre G\u00e9n\u00e9ral ou du R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re&nbsp;; mais il devra \u00eatre de retour le m\u00eame jour. De m\u00eame le prieur peut permettre l&rsquo;hospitalisation de l&rsquo;un de ses moines&nbsp;; il convient cependant d&rsquo;en informer le R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos malades, vou\u00e9s \u00e0 la solitude, re\u00e7oivent autant que possible en cellule les soins dont ils ont besoin. S&rsquo;il arrivait que des m\u00e9decins encouragent les sorties ou indiquent des traitements contraires \u00e0 notre propos, nous n&rsquo;aurions pas \u00e0 en tenir compte&nbsp;: nous seuls, en effet, r\u00e9pondrons devant Dieu de nos v\u0153ux. Gardons-nous aussi d&rsquo;abuser des rem\u00e8des, au d\u00e9triment de la perfection, de notre sant\u00e9 m\u00eame, et du budget de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>En toutes ces occasions confions-nous docilement \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, et n&rsquo;oublions pas que l&rsquo;\u00e9preuve de la maladie nous pr\u00e9pare aux joies de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Disons alors avec le psalmiste&nbsp;: Je fus dans l&rsquo;all\u00e9gresse quand on me dit&nbsp;: nous irons \u00e0 la maison du Seigneur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c28\">Chapitre 28<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>La pauvret\u00e9<a href=\"#c27\">\u00ab<\/a><a href=\"#c29\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le moine a choisi de suivre le Christ pauvre pour devenir riche de sa pauvret\u00e9. Sans appui terrestre, il compte sur Dieu, et son tr\u00e9sor est dans le ciel, o\u00f9 l&rsquo;appelle aussi le d\u00e9sir de son c\u0153ur. \u00c0 ses yeux, rien n&rsquo;est \u00e0 lui&nbsp;: il est donc toujours pr\u00eat \u00e0 remettre de bon c\u0153ur entre les mains du prieur, lorsque celui-ci le demandera, tout ce qui est laiss\u00e9 \u00e0 son usage.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prof\u00e8s de v\u0153ux solennels n&rsquo;ont rien en propre, sauf ce dont l&rsquo;Ordre leur accorde simplement l&rsquo;usage. Ils ont aussi renonc\u00e9 \u00e0 rien demander, recevoir, donner ou ali\u00e9ner sans permission. M\u00eame entre nous il faut une permission pour \u00e9changer ou recevoir quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prof\u00e8s de v\u0153ux temporaires et les donn\u00e9s conservent la propri\u00e9t\u00e9 de leurs biens et la capacit\u00e9 d&rsquo;acqu\u00e9rir&nbsp;; mais ils ne gardent point d&rsquo;objets personnels avec eux, non plus que les novices. Le p\u00e8re ma\u00eetre inculquera surtout le d\u00e9tachement des biens et du confort mat\u00e9riels, et l&rsquo;amour de la pauvret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon une parole de Guigues, si un parent ou un ami envoie un v\u00eatement ou quelque autre cadeau \u00e0 un moine, ce n&rsquo;est pas \u00e0 lui mais plut\u00f4t \u00e0 un autre qu&rsquo;on le donne, pour \u00e9viter l&rsquo;apparence de propri\u00e9t\u00e9. Ainsi, nul ne se permettra de revendiquer un droit d&rsquo;usage ou aucun autre privil\u00e8ge sur les livres ou sur tout autre bien acquis \u00e0 l&rsquo;Ordre gr\u00e2ce \u00e0 lui. Au contraire, s&rsquo;il se voit accorder la jouissance de tels objets, il la recevra avec reconnaissance, dans la conviction qu&rsquo;ils ne lui appartiennent pas. Jamais cependant un moine ne doit avoir d&rsquo;argent \u00e0 sa libre disposition, ni en garder par-devers soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque le Fils de l&rsquo;homme n&rsquo;a pas eu o\u00f9 reposer sa t\u00eate, gardons en nos cellules une simplicit\u00e9 et une pauvret\u00e9 absolues. Ayons sans rel\u00e2che le souci d&rsquo;en \u00e9liminer tout superflu et toute recherche, recourant m\u00eame volontiers \u00e0 l&rsquo;avis du prieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos v\u00eatements \u00e9vitons toute recherche et tout superflu qui seraient contraires \u00e0 la simplicit\u00e9 et \u00e0 la pauvret\u00e9. Nos p\u00e8res n&rsquo;avaient en ce domaine d&rsquo;autre souci que de se garantir du froid et de se couvrir d\u00e9cemment&nbsp;; \u00e0 leur avis, pour les chartreux des tissus ou des objets d&rsquo;usage courant tr\u00e8s grossiers convenaient parfaitement. Conservons cet esprit, tout en veillant \u00e0 ce que nos v\u00eatements et notre cellule soient propres et d\u00e9cents.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf en cas de maladie ou en voyage, notre couchage devra \u00eatre conforme \u00e0 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 monastique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les instruments un peu co\u00fbteux sont permis seulement \u00e0 ceux qui, au jugement du prieur, en ont vraiment besoin. L&rsquo;usage d&rsquo;instruments de musique ne s&rsquo;accorde pas avec notre vocation, ni, non plus, les jeux de toute esp\u00e8ce. Cependant, pour apprendre notre chant, on peut admettre les appareils qui servent \u00e0 guider la voix ou \u00e0 l&rsquo;enregistrer. Mais les postes de radio sont enti\u00e8rement exclus de nos maisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Si grande est la vari\u00e9t\u00e9 des conditions locales que souvent le n\u00e9cessaire en un lieu devient superflu ailleurs, et il n&rsquo;est gu\u00e8re possible d&rsquo;\u00e9tablir une loi valable partout et pour tous. Nous invitons plut\u00f4t les prieurs \u00e0 subvenir de bonne gr\u00e2ce \u00e0 tous les besoins r\u00e9els de leurs religieux, selon les moyens de la maison. Qu&rsquo;ils se laissent entra\u00eener par la charit\u00e9 du Christ, et ils ne pourront souffrir de m\u00e9riter un reproche sur ce point, surtout celui d&rsquo;avoir, par une excessive parcimonie, pouss\u00e9 leurs moines dans le vice de propri\u00e9t\u00e9. En effet, plus notre pauvret\u00e9 sera volontaire, et plus elle plaira au Seigneur. Ce qui est louable n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre priv\u00e9 des facilit\u00e9s de la vie, mais de s&rsquo;en priver.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c29\">Chapitre 29<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>L&rsquo;administration temporelle<a href=\"#c28\">\u00ab<\/a><a href=\"#c30\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Les biens confi\u00e9s au prieur ne sont pas les siens ou ceux des hommes&nbsp;; ils appartiennent au Christ pauvre, et c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;il devra rendre compte de tout. Il revient donc au prieur de diriger ses officiers et leurs aides dans l&rsquo;administration \u00e9conomique de la maison, et d&rsquo;exercer une gestion prudente, devant Dieu, selon sa conscience, selon les principes de l&rsquo;Ordre et les prescriptions des Statuts. Il aura soin d&rsquo;\u00e9viter toute d\u00e9pense injustifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand un prieur entre en charge, le procureur lui pr\u00e9sente un \u00e9tat des principaux biens meubles et immeubles de la maison. Ce document, contresign\u00e9 par le prieur et les membres de son conseil, doit \u00eatre conserv\u00e9 aux archives.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la subsistance de leurs monast\u00e8res, nos premiers p\u00e8res ont d\u00e9cid\u00e9 de ne pas compter sur les dons re\u00e7us occasionnellement, mais d&rsquo;avoir, s&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 Dieu, des revenus annuels stables. Il ne convenait pas, pensaient-ils, d&rsquo;assumer en fonction de ressources incertaines des charges certaines, dont nous ne pourrions ni nous acquitter, ni nous d\u00e9gager sans grand p\u00e9ril. De plus, courir le monde pour qu\u00eater leur faisait horreur.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous croyons cependant que de modestes ressources nous suffiront, avec l&rsquo;aide de Dieu, si demeure vivante parmi nous l&rsquo;inspiration originelle de notre vie, dans sa recherche de ce qui est humble, pauvre et sobre dans le v\u00eatement, le vivre, et tout ce qui est \u00e0 notre usage&nbsp;; enfin, si chaque jour progressent le d\u00e9tachement du monde et l&rsquo;amour de Dieu, pour lequel on doit tout faire et tout supporter. \u00c0 nous s&rsquo;adressent sans nul doute les paroles du Seigneur&nbsp;: N&rsquo;ayez pas souci du lendemain, votre P\u00e8re c\u00e9leste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d&rsquo;abord le royaume de Dieu et sa justice.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison a le droit de poss\u00e9der le n\u00e9cessaire pour permettre \u00e0 la communaut\u00e9 de vivre conform\u00e9ment \u00e0 notre vocation&nbsp;; il lui faut cependant fuir toute forme de luxe, de gain immod\u00e9r\u00e9 ou de th\u00e9saurisation&nbsp;; ainsi seulement rendrons-nous un t\u00e9moignage de pauvret\u00e9 authentique. Il ne suffit pas que les moines soient d\u00e9pendants de leurs sup\u00e9rieurs dans l&rsquo;usage des biens&nbsp;; ils doivent, comme le Christ, \u00eatre de vrais pauvres, dont le tr\u00e9sor est au ciel. Ce ne serait pas assez d&rsquo;\u00e9carter le faste&nbsp;; encore faut-il \u00e9viter les commodit\u00e9s excessives, pour que tout, dans nos maisons, respire la simplicit\u00e9 de notre vocation.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous aurons des b\u00e2timents suffisants et adapt\u00e9s \u00e0 notre genre de vie, mais ils seront toujours tr\u00e8s simples. Nos maisons, en effet, ne sont pas des monuments \u00e9lev\u00e9s \u00e0 la vaine gloire ou \u00e0 l&rsquo;art, mais elles doivent t\u00e9moigner de la pauvret\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous adressons finalement \u00e0 tous les prieurs de l&rsquo;Ordre une pri\u00e8re instante. Au nom de J\u00e9sus Christ, notre Dieu et Sauveur, qui par amour pour nous s&rsquo;est tout entier livr\u00e9 sur le bois de la croix, nous supplions chacun d&rsquo;entre eux de mettre tout son c\u0153ur \u00e0 faire d&rsquo;abondantes aum\u00f4nes selon les moyens de sa maison. Pensons que toute somme gaspill\u00e9e ou retenue inconsid\u00e9r\u00e9ment serait un vol commis au d\u00e9triment des pauvres et des besoins de l&rsquo;\u00c9glise. Gardons ainsi aux biens de la terre leur destination commune et prenons pour mod\u00e8les les premiers chr\u00e9tiens, parmi lesquels nul ne pr\u00e9tendait avoir rien en propre, car tout leur \u00e9tait commun.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"c30\">Chapitre 30<\/h3>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>La stabilit\u00e9<a href=\"#c29\">\u00ab<\/a><a href=\"\/moines\/statuts\/livre-4\">\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le moine ne s&rsquo;offre \u00e0 Dieu en oblation parfaite que s&rsquo;il pers\u00e9v\u00e8re toute sa vie dans son propos&nbsp;: tel est l&rsquo;engagement qu&rsquo;il prend, en toute libert\u00e9, par la profession solennelle. Celle-ci \u00e9tant un acte irr\u00e9vocable, avant de l&rsquo;accomplir il s&rsquo;assi\u00e9ra d&rsquo;abord et s&rsquo;interrogera lui-m\u00eame&nbsp;: est-il bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se donner \u00e0 Dieu pour toujours&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Par la profession, le moine prend place dans la communaut\u00e9, comme dans la famille que Dieu lui donne&nbsp;; il devra, de corps et d&rsquo;esprit, s&rsquo;y \u00e9tablir \u00e0 demeure.<\/p>\n\n\n\n<p>Que chacun donc, une fois consacr\u00e9 \u00e0 Dieu dans l&rsquo;\u00e9tat de p\u00e8re ou celui de fr\u00e8re, reste fid\u00e8le \u00e0 la vocation qu&rsquo;il a re\u00e7ue, et s&rsquo;efforce d&rsquo;y cro\u00eetre en perfection, pour la plus grande saintet\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise et la plus grande gloire de la Trinit\u00e9 une et indivisible.<\/p>\n\n\n\n<p>Les moines ne se persuaderont pas ais\u00e9ment qu&rsquo;ils ont des motifs valables pour demander aux sup\u00e9rieurs leur transfert dans une autre maison. Le mirage d&rsquo;une nouvelle ambiance et l&rsquo;attrait du changement en ont tromp\u00e9 beaucoup&nbsp;; et il ne convient pas \u00e0 un moine d&rsquo;attacher tant d&rsquo;importance au climat, \u00e0 la nourriture, au caract\u00e8re des personnes, ni aux autres particularit\u00e9s de ce genre.<\/p>\n\n\n\n<p>La patience et la pers\u00e9v\u00e9rance dans les circonstances voulues par Dieu, nous le savons, favorisent grandement la contemplation. Il est impossible \u00e0 l&rsquo;homme de fixer son attention sur un m\u00eame objet, s&rsquo;il n&rsquo;a pas au pr\u00e9alable fix\u00e9 son corps avec pers\u00e9v\u00e9rance en un lieu d\u00e9termin\u00e9&nbsp;; et l&rsquo;esprit doit se tenir irr\u00e9vocablement \u00e0 son propos, s&rsquo;il veut approcher Celui en qui il n&rsquo;y a ni changement, ni l&rsquo;ombre d&rsquo;une variation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Livre 3&nbsp;: La communaut\u00e9 Chapitre 21 La c\u00e9l\u00e9bration quotidienne de la liturgie\u00ab\u00bb Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"parent":6049,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-6056","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6056","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6056"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6056\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6049"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chartreux.org\/moines\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6056"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}